Pourrait-il y avoir un développement qui ne soit pas interpersonnel ?
Ne sommes-nous pas nés de deux.
Deux n’ont-ils pas fait un ?
S’il a fallu deux pour que nous soyons un,
comment pourrions-nous poursuivre notre vie
sans cet autre sans qui je ne serais pas là ?
-
Une réponse ?
Le développement interpersonnel se veut une réponse
au développement personnel dans une société impersonnelle.
Notre société est de plus en plus nucléaire.
Ce qui signifie que le seul atome c’est moi,
comme si le monde tournait autour de moi,
comme si le centre du monde c’était moi.
Quelle solitude alors d’être moi… seul au monde !
Ce que nous avons appelé développement personnel avait sûrement un intérêt
quand la personne n’était pas considérée pour elle-même,
quand elle n’avait d’importance que si elle était utile aux autres, à une société.
Dans un collectif, le développement personnel peut apporter comme un contre-pouvoir.
Mais dans une société où l’individu est de plus en plus isolé,
le développement personnel ne risque-t-il pas d’accentuer encore l’écart entre moi et l’autre ?
-
La solitude.
Quand je vois la solitude dans laquelle nous souffrons,
quand je vois la méfiance qui augmente entre les uns et les autres,
je me demande si le développement personnel est la réponse adaptée à notre malheur ?
Si la personne la plus importante au monde, c’est moi,
quand donc aurais-je le temps de me tourner vers l’autre ?
Si je dois d’abord penser à moi,
que deviennent alors nos relations comme une simple juxtaposition de mois.
Je le sais, aujourd’hui, s’être oublié pour les autres est mal vu.
Tout comme s’attacher à l’autre est perçu comme une dangereuse dépendance.
Quelle vie pouvons-nous espérer ? Quelle joie pouvons-nous ressentir dans un développement du moi vécu à l’encontre de l’autre ?
-
Moi sans l’autre.
Nous croyons que le travail sur soi suppose de se séparer de l’autre,
en pensée, en parole, par action et par omission…
Nous pensons que la connaissance du moi, suppose l’éloignement de l’autre.
Et si cela ne la suppose pas, c’est souvent ce qui se produit ne serait-ce que dans les couples.
-
Développer l’interpersonnel.
Au vu de notre évolution sociétale,
au vu de la souffrance ressentie par les uns comme les autres,
ne faut-il pas faire évoluer le développement personnel vers un développement interpersonnel ?
En qui cela consiste-t-il ? A travailler sur le lien,
le lien à soi, le lien à l’autre, le lien à notre monde et au-delà.
Ne croyez-vous pas que la connaissance de soi passe justement par la rencontre de l’autre ?
Nous pensons approfondir notre moi par un travail sur ce moi, seul, isolé.
Mais le risque est de rester dans sa zone de confort.
Car qui nous fait sortir de notre monde, de nos croyances, de nos valeurs ?
Qui nous fait explorer d’autres façons de vivre, de ressentir, de croire, d’aimer ?
Qui nous fait découvrir que nous ne sommes pas seuls au monde ?
Si ce n’est l’autre.
Le développement personnel nous arrange. On s’arrange avec soi-même.
Le développement interpersonnel nous dérange. Il nous ouvre à plus que nous-mêmes sans jamais sortir de soi.

